Armand Salacrou
Ce Monsieur Salacrou, je ne le connaissais pas. En farfouillant sur internet à la recherche d'une citation, je suis tombé sur cette perle. En fait, ça tombait pile poil et ça résumait à la
perfection ce que j'avais dans la tête. Difficile de faire mieux. Il y a surement beaucoup à dire sur cette phrase, et en même temps elle dit tout.
En fait voilà, je ne sais pas par où commencer mais on pourrait dire que ça à commencé il y a quatre mois environ. Je ne sais pas trop comment c'est venu, mais c'est venu. Un jour, j'ai
commencé à me demander si ce que j'avais dans la tête était bien raccord avec mon corps. Entendez : Est-ce que mon genre était adapté à mon sexe? Je suis biologiquement une fille mais je n'aime
pas spécialement être une fille... Je n'ai pas envie de parler de transsexualité même si c'est le mot que j'ai choisi parfois pour expliquer l'état dans lequel je me sens à certains moments.
J'alterne périodes de certitudes absolues avec moments de doutes excécrables. Biologiquement je suis une fille. Je ne peux pas dire que dans ma tête, c'est à 100% garçon. Disons qu'il y a des
deux et que c'est avant tout mon corps qui me fait défaut. Je ne sais pas si c'est parce que je n'ai pas accepté ma féminité ou si c'est vraiment un problème de fond. Pendant quatre mois l'idée
m'a obsédé.
J'ai fini par aller sur des sites LGBT pour commencer ma vie de garçon, d'abord en virtuel, puis avec des membres du forum sur Paris, surtout que j'ai enfin réussi à m'implanter dans la
capitale depuis deux semaines. Idéal pour vivre sans préjugés et se construire seul. Il y a toujours quelqu'un pour vous accepter comme vous êtes à Paris. J'ai donc coupé mes cheveux, acheté
des vêtements de garçons, masqué ma poitrine sous des bandes adhésives dès que je mettais un pied dehors, j'ai fait connaissance avec des personnes sympas et j'ai mené ma vie tranquillou.
Evidemment je ne suis sur de rien. C'est possible que ce ne soit qu'un passage obligé pour me construire et que tout rentrera "dans l'ordre" une fois que j'aurai fait cette introspection de
moi. Et il est aussi possible qu'un jour je me rende compte que mon bien être ne passera que par les hormones et une opération. Je n'en sais rien. Je le saurai bien un jour. Je pourrais dire
que je m'en fous. En fait, c'est beaucoup plus compliqué que ça. Et je m'en suis rendu compte lors de deux brèves rencontres que je vais vous raconter.
Fraîchement célibataire, j'ai commencé à sortir très régulièrement, à picoler aussi, histoire de m'amuser un peu plus, de me déshiniber. J'ai aussi repris la fumette. Pas de façon régulière
mais parti comme je suis, je pense que ça ne saurait tardé. Je crois que d'une certaine manière, moi qui ait souvent pensé à des solutions radicales comme le suicide mais qui n'a jamais passé
le pas parce que je m'accroche à la vie coûte que coute, je cherche un moyen de me foutre en l'air à petit feu, l'air de rien. Soyons lucides, il y a l'attrait de l'état second durant lequel on
se déshinibe, et l'envie, sans doute, de se foutre en l'air un peu. L'air de rien. On prends le risque de se faire vraiment beaucoup de mal. En fait, à l'heure actuelle, je suis comme quelqu'un
qui ne sait pas nager et qui se laisse couler. Parfois j'ai un sursaut et je remonte à la surface pour reprendre de l'air. Ca maintient en vie. Le reste du temps j'attends de couler un peu
plus. Je ne m'agite que quand la situation est critique. Je me laisse vivre et je ne prends aucune responsabilité. Ca viendra surement, maintenant que je vis seul. Mais pour l'instant je pars
vraiment en couilles.
Bref. Et evidemment, j'ai recommencé à flirter, à draguouiller, à faire les yeux doux et à me prendre le chou pour de parfaits inconnus. La première fois, ça a été au Tango, une boîte gay dont
m'avait parlé des amis. ll y avait un mec, plutôt mignon sans être magnifique (j'entends par là que d'un point de vue plastique il y avait vraiment mieux) qui, en y regardant de plus près, m'a
fait un effet dingue. On dansait tous collés/serrés, mais là c'était quand même nettement plus ambigu. Est-ce parce que j'ai voulu y voir une ambiguité? Je sais pas. Le fait est qu'il est gay
et que j'étais habillé en garçon (avec les bandes et caetera...) et que je me suis présenté à lui comme tel lorsqu'on l'a croisé lui et ses amis en allant dans la boite. On a discuté, je lui ai
papouillé les cheveux et la nuque alors que nous étions assis sans qu'il n'y trouve rien à redire, bref, c'était un chouia perturbant. Sauf que j'ai quand même une morphologie de fille.
Biologiquement j'en suis une. Le fait est que ce soir là je me sentais plus mâle que femelle et qu'il arrive, parfois, que des trans non opérés (par exemple un FtM, Female to Male) rencontrent
des filles parfaitement hétéros qui vont au delà de l'apparence sans remettre en doute leur orientation sexuelle. Bref, je ne pense pas que ce soit ça et même si c'était ambigu, l'alcool aidant
des deux côtés, j'ai surement du me monter le bourrichon pour rien. Ce qui était le plus perturbant, c'était de ne pas savoir s'il voyait la fille où le garçon. Et de ne pas savoir si c'était
une fausse drague "pour rire" (haha, je suis mort de rire) ou s'il y avait, effectivement, quelque chose derrière. Passons, ce n'est finalement pas ce qui m'a le plus perturbé.
Ce qui m'a vraiment perturbé, c'est une "rencontre" avec un autre garçon hier, à un mariage. Un serveur, vraiment mignon, dont j'ai le numéro et dont j'attends le coup de fil. Je ne vais pas
tout expliquer, ce serait bien trop long. Je vous le rassure, je ne vous bassinerai pas avec mes amourettes et flirts de passages. Mais disons que celui-ci est trop important pour que je le
passe à la trappe. En gros, il me plaisait, je lui plaisais, j'étais bourrée, et en y repensant, j'ai peur d'en avoir trop fait (à lui tourner autour), alors que ça n'avait ni l'air de le
déranger bien au contraire. Reste à savoir s'il rappellera. Lui, c'est encore plus particulier, puisque les échanges de regard, les sourires, les quelques mots échangés, l'attirance, était
somme toute mutuelle. Je lui plaisais, il me plaisait. Sauf qu'évidemment, il voyait la fille. Loin de me déranger, la sensation de plaire à quelqu'un qui m'attire m'a foutu dans un état pas
possible de fébrilité. Déjà parce que je sors d'une relation longue de plus de quatre ans et parce que j'avais fini par intégrer l'idée que je ne plairais à personne d'autre que mon mec.
C'était donc flatteur. Et parce qu'ensuite je ne pensais pas plaire à un aussi beau mec. Je pensais être invisible pour ce genre de mecs... Et là tout d'un coup je voyais une lueur d'intéret
s'éveiller dans le regard, le joli sourire et ça me faisait sourire encore plus. Ca m'a rendu un plus (trop?) entreprenante, d'autant plus que j'ai perdu tous les "reflexes" de drague. Bref,
alcoolisée je ne pensais pas être super subtile mais en partant il a demandé à la receptionniste du chateau de me dire qu'il attendait mon coup de fil pour avoir mon numéro. On ne s'est pas
revus entre temps. Je me laisse donc le loisir de croire que je lui ai plu. Et qu'il rappellera (non, je ne guette pas mon téléphone, pas du tout!).
Voilà en gros, le dilemme en face duquel je suis confronté. Je n'arrive pas à me sentir totalement homme ou femme. Un jour c'est l'un, un jour c'est l'autre. Disons que séduire en étant
féminine, puisque biologiquement je suis une fille, est beaucoup plus facile. J'ai aimé le regard du garçon du mariage, qui est hétéro ,comme j'ai été troublé par le comportement à mon
égard de celui qui aimais les hommes.
Au final, que ces mecs soient, ou non vraiment intéressés par moi, ne change pas grand chose. Ce qui change c'est le bien-être troublé que j'ai ressenti dans ces deux situations et
particulièrement dans la seconde alors qu'il y a encore quelques jours j'étais prêt à vendre tous mes vêtements de fille.
Et puis aujourd'hui j'ai beaucoup réfléchit. Je me suis demandé si, à l'heure actuelle, alors que je n'ai que 19 ans, j'avais vraiment besoin de me définir dans un genre particulier. Si je
n'avais pas, au final, le droit de ne pas avoir à me justifier auprès des gens, auprès de la société en général. La société ne reconnait que les hommes OU les femmes. C'est quand même bien
négliger le genre humain et sa complexité. Je suis biologiquement féminine mais parfois je me sens très garçon, comme d'autres fois je me sens très fille. Je suis profondément intergenre. Ca
dépend du moment. Je suis un intergenre de sexe féminin. Je peux jouer avec ça, trouver mon équilibre. Je peux, j'ai le droit, de jouer sur les deux tableaux, tout en étant à la fois Gabriel ET
Sophie, même si ça perturbe (moi y compris), même si ça choque, même si la plupart des gens aimeraient bien, une bonne fois pour toute, me caser dans une case "garçon" ou "fille". Ce que je dis
n'est sans doute pas très clair à première vue, mais si vous en avez le courage, vous aurez des éclaircissements dans les posts qui suivront. Je me fous que vous m'appelliez "il" ou "elle". A
vous de voir si vous préférez me considérer comme une fille ou comme un garçon. Moi, je prendrai la simple précaution de ne pas me ranger dans une case. Parce que finalement, ça m'emmerde ce
besoin absolu de définir quelqu'un de telle ou telle manière, comme si un terme définissait un être.
Je ne me définis pas. Pas pour le moment en tout cas. C'est plus facile comme ça. Il m'aura fallu toute une journée de cogitation pour pouvoir me dire que je n'ai pas à me justifier auprès de
qui que ce soit dans la manière dont je me perçois. Ca ne regarde que moi. Je ne vais pas passer encore des mois à attendre de vivre en me disant que ça aurait été mieux si j'avais été un
garçon. Pour l'instant, j'attends, je fais avec ce que j'ai, avec mes armes, et je vis. Je suis mal, c'est quand même stressant de ne pas pouvoir soi-même expliquer ce qu'on est réellement.
C'est dur parce que je suis démuni quand certaines personnes me posent des questions sur mon genre, la manière dont j'envisage l'avenir.
Comment pourrais-je être clair avec les autres alors que je ne le suis déjà pas avec moi-même?